Ryzom
La Restauration de la Sève pure

De EncyclopAtys




La Restauration de la Sève pure: Trois histoires rapportées par Liandra d'Alanowë

publiées dans La Nouvelle Feuille d'Atys, le Quinteth, Harvestor 17, 2e CA 2525[1]





Le Duc.

Enfant, Sokkar avait parcouru l’ancienne Salle des Secrets du Palais en compagnie de l’Erudit en charge de son éducation, le regretté Kadmen de Jornoli. Ce dernier lui avait expliqué avec fierté que les décisions ayant permis de mater la Révolte des Gueux avaient été prises en ces lieux, que c’était ici qu’un Duc se devait de garder ses sujets sous sa coupe.

Il s’y trouvait maintenant, n’étant plus un enfant mais un dirigeant confronté à la traîtrise de sèves corrompues. L’histoire se répétait, encore, comme lors des tentatives infructueuses du Régent en l’année 2499...

La pièce était couverte d’un voile sombre à peine déchiré de la lueur de quelques bulbes phosphoriques. Des matis, encapuchonnés, se tenaient autour d’une large table rectangulaire. A l’extrémité de celle-ci le Duc se tenait, droit, ses yeux noirs luisaient d’intensité, il n’avait rien perdu de sa superbe.

Quand les traîtres d’antan se révélèrent au grand jour, nous les avons acculés et exterminés comme il se devait et avons purifié nos terres de créatures veules et indignes ! Sokkar marqua une pose La Sève de Sokkarie s’est, depuis, viciée ! La lâcheté et la traîtrise seront punies ce jour ! Nourrissons-nous des souffrances qui attendent cette vermine ! Gloire et Noblesse !

Les homins réunit en ce lieu se dressèrent simultanément et lâchèrent à l’unisson un « Gloire et Noblesse » qui retentit contre les parois de sève de psykopia durcie.

S’adressant au Commandant de la Cohorte, un homin corpulent, tout en muscles et sans une once de gras, le Duc ordonna de regrouper les troupes loyales et de condamner les portes de la Cité. Plus aucun des traîtres ne devaient s’échapper.

Le Duc savait que la terreur permettait de remporter des campagnes plus rapidement que la mort, mais, aujourd’hui, la Sève coulerait.

Au soir, la situation était satisfaisante. La répression fut plus facile encore que ce que le Duc avait espéré. Les traîtres, surpris, cédaient à la panique et furent incapables de résister dignement. Ils n’avaient organisés qu’une vague résistance à l’intérieur de l’une des garnisons de Wernoriae... ils y firent la démonstration de leur inexpérience. Il y avait environ une heure, cris et hurlements étaient parvenus des basses salles de l’Arbre-Maison, les coups sourds qui défoncèrent les portes derrière lesquels les renégats s’étaient retranchés furent suivis d’une ovation triomphale des troupes loyales.

Ces félons n’étaient que des pleutres et des incapables. Arkandjel, l’indigne Maître des Lames, avait pu s’échapper avec l’aide d’une phalangiste, cette zoraï imbue, qu’il aurait fallu passer par le fil de l’épée dès son arrivée en terre matis... le Maître des Lames avait lui-même fait fi de ses responsabilités au débuts du Cycle pour aller la chercher dans la jungle humide... tout était clair à présent. Ils partageraient un destin commun, celui des traîtres qui se sont souillés du parjure.

Lorsque l’Astre de la nuit fut à son zénith, il n’y eut plus traître ou contestataire en terre sokkarienne. Appuyé au bois noueux du balcon de la salle du Conseil, le Duc posait son regard sur les rues de la Capitale. Sa lame était enduite de Sève matis, mais de sève de traîtres. Il eut un rictus de satisfaction, les sokkariens loyaux étaient victorieux, une ère nouvelle s’ouvrait...

Texte écrit par Sokkar.

L’artisan.

Chance profitait de ces moments étranges, avant que le jour ne se leve vraiment, pour travailler au calme sur son établi. La chorégraphie éxécutée par les outils dans les mains expertes du bijoutier fut interrompue par des coups sourds frappés à la porte de l’entrepôt. Une vois annonça "Ouvrez ! Au nom du cercle !" prononcé sur un ton bas.

Après un étirement, Chance se lèva et se dirigea vers la porte en étouffant un bailement. "Que se passe-t-il ? Une expédition part et vous avez oublié vos rations ? Vous ne savez pas que..."

Ouvrez au nom du cercle ! La voix se fit plus impérieuse.

Chance ouvrit les loquets en soupirant. Et bien... La politesse se perd dans le cer... Eh !
Le dernier loquet à peine tombé, la porte fut poussée en avant. Une main gantée saisit Chance par le col de sa veste, et le jeta au sol. Quatre autres matis en armes entrerent en trombe dans l’entrepot puis refermèrent les loquets derrière eux. Le premier, un homin grand, musclé, et portant plusieurs cicatrices sur le visage pointa Chance avec un pistolet.

Le cercle change, prétorien. Choisis : A mort Sokkar et vive le cercle, ou tu meurs.

Le matis tenait son pistolet fermement. Ses cicatrices témoignaient de nombreux combats. Ces menaces n’étaient pas lancées en l’air...

Mais... que se passe-t-il ? Qu’est-ce-que ça veut dire demanda Chance sur un ton peu rassuré.
Tu as une deuxième chance. C’est seulement parce que tu es apprécié. Tu ne sembles pas être un fanatique, et une amie a dit du bien de toi une fois. Alors choisis. Suivre Sokkar et mourrir, ou suivre le nouveau cercle. Le rebelle regarda autour de lui, puis se dirigea vers un sablier posé sur une table.
Je te laisse ce sablier. Une fois qu’il sera écoulé, tu mourras ou tu seras avec nous. Et ne t’avise pas de crier. Je n’aimerais pas avoir à dépenser une munition pour te faire taire...

Chance déglutit. Une révolte à l’intérieur du cercle. Qui pouvait avoir organisé cela ? C’était ridicule ! Il jeta un oeil en direction du sablier. Un tiers des graines de caprice pillées avaient déjà traversées le sablier. Contre quatres soldats, ses chances de s’en sortir semblaient bien mince. Avec l’accès à l’entrepot, les rebelles gagnaient un avantage non négligeable. Il regarda autour de lui. La panique commençait à gagner son coeur lorsqu’il vit que les deux tiers des graines était tombés. On entendait de l’agitation dehors, et quelques coup de feu déchiraient le silence de la nuit. Le cercle se réveillait, et les secours allaient probablement venir rapidement. Hélas, son bourreau le tenait bien en joue avec son arme. C’est à ce moment qu’il vit la solution. Le bracelet que portait le rebelle. En l’utilisant comme contrepartie dans une incantation, il pourrait probablement fausser un sort de soin afin d’empoisonner le rebelle. Le temps qu’il prépare mentalement les gestes et la concentration nécessaire pour lancer le sort, la quasi totalité des graines étaient tombées.

Le rebelle reprit la parole. Désolé Chance. Je crois que le moment est venu de prendre ta décision. Je t’ai laissé bien plus de temps que je n’aurais du

Je ne suis peut être pas le mieux placer pour dire cela, mais... lorsqu’un ordre est donné, les subordonnés sont censés l’appliquer. Et il y a de bonnes raisons à cela.

Chance donna un léger coup de pied à un établi sur le coté. Béni soit les établis bancals, pensa-t-il en regardant la masse s’écrouler sur le rebelle surpris. Le coup de feu retentit dans l’entrepot. Pris dans la concentration pour réaliser son sort, Chance ne sut même pas si il avait été touché.

Le reste de la journée fut flou pour Chance. Tous ce qu’il a pu apprendre en demandant aux sokkariens loyaux qui ont combattu cette journée, c’est que son appel à la garde dans l’entrepot a retenti dans la caserne alors que les combats avaient déjà commencés. Il était blessé par balle à la tete, mais a pris part aux combats qui ont suivis. On l’a retrouvé plus tard, au sol en train de délirer, à coté de rebelles. Le brancardier raconte à qui veut le savoir qu’il na pas pu déterminer si les gouttes sur son visage étaient de la sueur ou des larmes...

texte écrit par Chance.

La guerrière.

Elle se hâtait de rejoindre les quais. Une petite troupe de renégats y avait été repérée. Des cohortiens les avaient pris en chasse, mais elle avait de fortes présomptions quant à l’homin qui les dirigait. Laissant derrière elle un centre ville transformé en champ de bataille elle courrait, espérant que les rumeurs étaient infondées. Voyant au loin un semblant de mélée, elle s’y précipita, pour y découvrir le Maître des Lames en train de se battre. Contre ses propres troupes. La Commandeur assistat à la scène. Soutenu par la phalangiste, le plus respecté des sokkariens mit rapidemment à terre le dernier soldat fidèle au Duc.
Incompréhension. Colère. Souffrance.
Il se redressa face à elle.

Commandeur. Nulle haine, nulle ironie.
Pourquoi ? Pourquoi ?? POURQUOI ???!!

Liandra chargea son ancien maître en hurlant une question à laquelle elle ne souhaitait pas de réponse. Celui-ci poussa la phalangiste à l’eau avant de se mettre en garde. Il para un coup de taille violent et bondit en arrière avant d’avoir à subir un second assaut. Connaissant les capacitées de sa subordonnée, il savait n’avoir que peu de chances en combat rapproché. Il lanca un sort offensif, mais elle encaissa le choc et attaqua derechef. Pluie de coups d’une rare violence, il peinait à contenir l’assault. Seule la fureur aveugle de l’homine faisait qu’il n’ait pas encore été touché. Il tenta une feinte qui fût bloquée, renchéri par une botte de son cru. Bloquant un coup de hache il pivota sur lui-même et atteigni la tête de son adversaire. Une partie du casque vola en éclats. Liandra recula de quelques pas, sonnée, mais ne tomba pas. Elle fixa Arkandgel dans les yeux. Son masque ne cachait plus ses larmes.

Ils restèrent un moment dans cette position alors que les flammes dansaient derrière eux. La scène n’était pas dénuée d’un certain romantisme, tragique. Elle aurait été belle si elle n’avait pas été la représentation du pire combat qu’un guerrier puisse mener. Avoir à tuer ceux qu’il avait jurer de protéger.

Je vous avais offert ma confiance.
Je sais.

Elle attaqua à nouveau. Il se prépara à bloquer un assaut qui n’avait pas la moindre finesse lorsque, juste avant l’impact, elle ramenat brusquement son arme en arrière, bloquant le manche de la masse dans l’arrondi de sa hache. Une violente torsion désarma le maître déchu. Enchaînant sur un coup de pommeau qui l’atteignit au visage, Liandra lui envoya un violent coup de genoux dans l’abdomen. Arkandgel se retrouva au sol. Elle leva son arme au-dessus de sa tête, puis l’abattit avec un cri qui était plus souffrance que haine. La lame s’enfoncat profondemment dans le bois des quais.

Pars, pars et ne reviens jamais.

Elle se retourna, sans un mot de plus.

Nul n’avait assisté à la dernière rencontre entre le Maître et la Commandeur. Lorsqu’elle alla récuperer son arme, il n’y avait plus que les cadavres entremélés des loyalistes et des rebelles. Elle avait connu certains d’entre eux. A présent peu importait leur apartenance, leurs yeux déjâ vitreux semblaient une accusation à la folie qui les avait menés jusqu’à cette tuerie. Elle se laissa tomber à terre et pleura, mélant ses larmes à la sève qui imbibait le sol. Et elle se mit à rire, doucement d’abord puis comme une démente.

Oui, nous sommes bien des Matis.... Sa voix se brisa en un gémissement de bête blessée...
texte écrit par Liandra d'Alanowë.