Ryzom
La Chute de la Citadelle

De EncyclopAtys




Une légende des anciennes terres , contée par Liandra d'Alanowë

publiée dans La Nouvelle Feuille d'Atys, le Prima, Folially 25, 3e CA 2524[1]





Ankolayat menait sa monture à un train d’enfer. Il retenait ses larmes, souhaitant être en compagnie de son Seigneur et ses frères d’armes. Mais il avait reçu un ordre de son Maître, et cela prévalait sur ses propres sentiments. Telles étaient ses pensées lorsqu’il lui sembla ressentir une vive douleur, tant en son âme quand son coeur. Son Seigneur, l’homin qui avait été comme un père pour lui, était mort. Il laissa couler sa peine, et pressa encore plus son mektoub.

Il était en vue de la forteresse lorsqu’elles l’assaillirent. Bien que plus petites que celles qu’il avait vu dans le désert, elles restaient imposantes, le dépassant de plusieurs têtes. Sans doute étaient-elles des sortes d’éclaireurs. La première sauta devant son mektoub, qui prit peur et jeta son cavalier à terre. Rebroussant chemin, la bête fut interceptée par la seconde monstruosité, qui la déchiqueta rapidemment. Puis elles fixèrent Ankolayat de leurs multiples yeux, semblant lui promettre un sort semblable.

Mais il était de noble lignage, ce qui lui conférait une vie plus longue que ceux du bas peuple. Il avait connu de nombreux combats et était considéré comme un maître dans l’art de l’épée. C’est calmement qu’il se remit debout et sortit sa lame du fourreau. Les deux horreurs se mirent à tourner lentement autour de lui, comprenant sans doute qu’il ne serait pas une proie aussi facile que le quadrupède qui venait de se faire massacrer. Le petit jeu de l’observation dura longtemps, chaque adversaire ne sachant pas à quoi s’attendre. Ce fut la créature qui avait écharpé sa monture qui entama les premiers pas du ballet mortel qui allait se jouer ici. Elle sauta sur Ankolayat et abattit ses pinces sur lui. L’assaut était sans finesse, il l’esquiva d’un bond en arrière ripostant dans le même mouvement en assénant un coup puissant directement sur la tête de l’insecte monstrueux. Il avait mit toute sa puissance dans cette frappe, et son bras fut engourdit tant le choc était violent. Mais la bête, bien que paraissant légèrement sonnée, avait à peine été égratignée. Elle pouvait remercier sa solide carapace. Décontenancé, le hussard[2] failli ne pas apercevoir la griffe qui fendait l’air vers sa tête. Il dévia l’attaque d’un revers de sa lame et fit un roulé-boulé qui l’amena dérriere son assailllant. Il plongea son épée dans le creux de l’articulation d’une des pattes arrières, puis la tourna violemment, finissant presque de l’arracher en la retirant. La créature poussa un hurlement strident, et reculat frénétiquement tout en s’éloignant. Sa compagne recula, se rendant compte qu’il n’était vraiment pas une des proies apeurée auxquelles elle était habituée. L’estropiée se releva et, sans doute aiguillonnée par la douleur et la fureur, chargea. Elle deversa une pluie de coups, alternant griffes, crocs et pinces à une vitesse effarante. Bien que gravemment blessée, elle conservait une vigueur et une rage extraordinaires. Ankolayat esquivait et parait tout en tâchant de garder l’autre créature dans son champ de vision. Comprenant que sa tactique était inefficace, le monstre cessa l’averse de coups et fît mine de reculer, puis lança subitemment une de ses pinces en direction des jambes de l’homin. Celui-ci évita l’attaque d’un rapide pas de côté, mais glissa sur une plaque d’herbe humide et se retrouva à terre. Aussi agile qu’un varynx, il se remit sur ses pieds, mais la première créature profita de l’ouverture pour se fendre dans sa direction et le saisit entre les griffes d’une de ses pinces. Et se mit à serrer, Ankolayat entendit autant qu’il sentit nombre de ses côtes craquéer. Lâchant son arme sous l’effet de la douleur, il tentat vainement de desserer l’étau mortel. Devant l’inutilté de ses efforts, il remontat ses jambes sous lui puis envoya violemment ses talons dans l’un des multiples amoncelement d’yeux de cette horreur chitineuse. La grappe explosa sous l’impact, et Ankolayat fût liberé des pinces de l’insecte géant qui se tordait de douleur à terre en poussant des cris si stridents que ses oreilles en sifflaient. L’estropiée ne le laissa pas reprendre son souffle, il n’eut que le temps de se jeter au sol pour éviter le double coup de pinces, roulat sur le côté avant de relever, ayant récuperé sa lame dans le mouvement. Une douleur atroce lui enserrait le torse, et il peinait à inspirer des goulées d’air qui lui brûlaient les poumons. Les deux créatures étaient blessées, mais lui même ne pourrait tenir le rythme beaucoup plus longtemps. Il chargea alors l’estropiée, tenant haut son épée dans l’expectative d’une attaque de taille brutale. La bête se tassa sur ces pattes arrières, comptant sans doute encaisser le coup puis déchiqueter l’inconscient. Mais le matis se laissat alors glisser à terre, se retrouvant sous la créature, et plongea directement sa lame dans la gorge molle et non protégée. Elle se mit à hurler de douleur et se jeta au sol, battant frénétiquement ses pattes dans l’air. Ankolayat se releva et fit face à la première créature. Celle-ci observait sa compagne qui se tordait dans l’herbe et dont le cri se muait rapidemment en gargoullis. La peur prit l’avantage sur son envie de vengeance, elle tournat les talons et s’enfuit. Ankolayat s’appuya sur son arme, tentant de récuperer quelques forces, mais il s’effondra, son corps en ayant supporté bien plus qu’il ne le pouvait.

C’est ainsi que la citadelle du Duché d’Alanowë ne fut pas mise au courant de ce qui l’attendait. Les Légionnaires qui y étaient restés faisaient encore des paris sur le nombre de fyros que leurs frères auraient sans aucun doute massacrés quand l’essaim Kitin fondit sur les murs de la capitale. Soldats et habitants se retrouvèrent assiégés par la masse grouillante. Leur défense fit honneur à la réputation des gens de cette contrée, mais elle fût ridiculement vaine face à l’assault de créatures qui crevaient les hauts remparts comme s’ils n’étaient faits que de brindilles. Seule une poignée pu fuir à bord du seul vaisseau de la karavan qui vint à leur aide, dont la famille proche du Duc. Gravemment endommagé par un décollage effectué sous les assaults furieux des Kitins, nul se su jamais s’il avait pu aller bien loin.

Bien plus tard, alors que le massacre était fini depuis longtemps, Ankolayat reprit difficilement connaissance. Il sentit immédiatemment dans l’air une forte odeur de sève et de fumée. Envahi par un terrible pressentiment, il se releva précipitemment et portat son regard vers la citadelle. Elle brulait. D’ici, il distinguait la nuée qui entourait encore la cité. Nul n’avait pu en réchapper. L’enfant de Kenlyano était mort. Son propre fils était mort. Ses frères étaient morts. Son peuple. Il avait échoué. Il ramassa sa fidèle lame, la tournant vers son coeur.

Remplis ton dernier devoir.

Et il se laissa tomber dessus.



  1. Mercredi 18 août 2004. https://web.archive.org/web/20060103010115/http://www.lanouvellefeuille.info/article.php?id_article=89
  2. chevalier dans l'original, mais il n'y a pas d chevaux sur Atys...