Il était une fois un jeune matis issu d’une famille très en vue à la cour. Comme tous les jeunes matis, il avait reçu une éducation stricte où l’on pronait l’excellence et le dépassement de soi mais aussi la compétition. Bien peu de place était laissée pour la gentillesse ou l’humilité. Varo avait excellé dans ses études et voyait bien s’ouvrir devant lui une place dans la noblesse voire le titre de maitre d’armes que personne dans sa famille n’avait eu l’honneur de porter jusque là. Il passait son temps à défier ses amis à toutes sortes de jeux et autres batailles et n’hésitait jamais à faire couler un peu de sang pour prouver sa supériosité. Dans ce temps là, la résurrection et même la magie de soin n’existaient que très peu et ces duels pouvaient parfois tourner au drame.
Un jour qu’il chassait dans la forêt avec des amis, ils rencontrèrent une homine casquée qui portait une lance courte. Il n’avait connu jusque là que les homines de la cour qui ne s’approchaient en aucune manière de tout ce qui concernait les armes.
Bien évidemment toute la troupe rigola bruyamment, encouragé par l’impolitesse de celui qu’elle considérait comme son meneur.
L’homine sembla les toiser un moment.
Et sans plus attendre et sûr de lui et de son épée, il s’élança sans précaution. Mais quelques minutes après, c’est lui qui était étendu au sol, un peu de sang coulant d’une blessure qu’elle lui avait infligée au cou.
Sans un mot, l’homine leur tourna le dos et reprit sa course dans la forêt.
Les matis rentrèrent chez eux et ne parlèrent plus ouvertement de cet épisode. Varo enchaina les duels pour bien montrer qu’il restait digne de son rang mais au fond de lui une fissure s’était ouverte. Souvent la rancune était là mais parfois aussi une admiration, qu’il cherchait à réfréner à tout prix. Dans ses rêves , il voyait l’homine et sa grâce féline, son assurance, son absence de moquerie après l’avoir vaincu. Il n’arrivait plus à dormir. Il fallait qu’il la retrouve.
Il se rendit de nuit chez une vieille homine que l’on disait sorcière.
La vieille ne dit rien et lui tendit une lampe en forme d’épée qui irradiait une lumière pourpre.
Varo s’enfonça dans la forêt suivant la lumière. Il arriva devant une grande clairière qui était fermée par une immense barrière faite de racines entremêlées et couvertes de fleurs qui la faisait briller comme de l’ambre. Sous la lumière de la lampe, la barrière s’ouvrit et il entra dans la clairière. Arrivé au centre, il vit qu’il y avait trois portails en plus de celui par lequel il était entré. La lumière l’attira vers le portail de droite. Il entra et ne put parcourir que quelques mètres avant d’être assailli par une horde de gingo. Il combattit vaillamment mais finit par être dépassé par le nombre et se réveilla dans la pièce où se tenait la sorcière.
Varo partit bien décidé à oublier cette histoire mais les rêves le torturaient sans fin et il lui devenait de plus en plus difficile de tenir son rang. Il se finit par repartir voir la sorcière.
La vieille ne dit rien et lui tendit une lampe en forme de baton qui irradiait une lumière bleue.
Guidé par la lumière bleue, Varo parcourut le chemin jusqu’à la clairière. L’ambre de la barrière semblait luire un peu plus. Il entra et se retrouva face aux trois portails.
La lumière bleue ouvrit le portail de gauche. Plus déterminé et courageux que jamais, Varo entra sans hésitation. Il parcourut ce qui lui sembla être des kilomètres de couloir mais tout était vide. Pourtant il continuait sans faiblir car il était toujours porté par son désir de la retrouver. Il marcha, marcha, marcha et finit par franchir un portail qui le mena ...
... dans la pièce où l’attendait la sorcière.
Varo se laissa tomber à terre et pleura. Cela ne lui était plus arrivé depuis sa petite enfance.
Les larmes coulaient des yeux de Varo et pourtant cette fois il lui semblait qu’il voyait clair. Ce n’était pas sa rancune qui le poussait ni cette morgue qu’on lui avait enseignée. Non, il voulait la revoir pour lui dire combien il l’admirait et apprendre d’elle, elle qui l’avait vaincu sans chercher pour autant à le rabaisser.
La vieille lui tendit une lampe en forme de fleur qui irradiait une lumière blanche.
Varo parcourut encore une fois le chemin jusqu’à la clairière. Il s’avançait sans crainte car son coeur avait retrouvé sa sérénité. La barrière brillait de mille feux. Guidé par la lumière, il ouvrit le portail du milieu et arriva dans une grande salle dont les murs s’ornaient de fleurs d’ambre s’enroulant autour d’épées. Là au milieu se tenait l’homine qui avait retiré son casque mais portait encore son armure et sa lance. Dans leurs yeux, ils virent chacun l’admiration pour ce qu’ils étaient.
Sans un mot, elle le salua et se mit en garde.
On dit que leur danse dura aussi longtemps que les fleurs d’ambre.