Ryzom
Konshu/Background5

De EncyclopAtys

La hasard voulut que ses pas le ramènent devant l’enseigne du « gosier en feu », la mécanique particulière du cerveau du Fyros, semblable à celle d’un moteur thermique, demandait du carburant ; Konshu descendit les marches menant à la taverne enfumée. Un fond sonore alimenté par les rires et les conversations raisonnait entre les quatre murs, Konshu se dirigea directement vers le comptoir, les gens s’écartant au passage d’une armure rouge sang ; il frappa le bois du plat de la main, captant l’attention du tenancier, qui visiblement ne le remettait pas.


« Qu’est-ce que je te sers soldat, un petite chopine de bière ? »


Konshu serra la mâchoire d’un air dubitatif, puis fit un signe négatif de la tête, il désigna une jatte de terre cuite et le regard du tavernier s’illumina de compréhension.


« Je vois, dure journée, hein ? »


C’était une vilaine distillation de fruits locaux qui donnait un liquide incolore et très agressif, le genre de poison auquel on n’ose pas donner un nom autre que dérivé de l’onomatopée douloureuse qui résulte infailliblement de son abus. Dans notre cas, cette gnôle s’appelait « R’gh », contraction pour le bruit du renvoi de gorge, provoqué par l’attaque acide de la bile suite au vomissement.

Konshu s’installa sur un tabouret, avec un cruchon de R’gh et un bol de noix, contemplant mentalement la terrible complexité du monde nouveau dans lequel il avait débarqué.


« Salut beau soldat. »


Le Fyros sourit à la jeune femme qui l’avait abordée, c’est un fait, le plus vieux métier du monde n’avait pas cours dans le sanctuaire dont il était issu. Lui caressant le dos de la main, la jeune femme se rapprocha de son oreille, lui susurrant des folies avant d’aiguillonner son lobe d’un coup de langue électrique.


« Ca te dit une petite partie de Yubo dans le trou ? »


Quoi que fut la nature du « Yubo dans le trou », Konshu était définitivement dans une disposition d’esprit pour en apprendre les règles.


« Sûr, j’connais pas c’jeu là, mais j’apprends vite. »


Elle lui fit un sourire aguicheur qui hérissa simultanément tous les poils et cheveux du Fyros, puis prit sa main et de l’autre tapota son entrejambe ; Konshu était au bord de l’évanouissement ou de la lévitation spontanée.


« Ah, ce Yubo là ? »


Et elle l’entraîna au dehors pour rejoindre un bâtiment attenant, sur le perron duquel brillait un lampion écarlate. Arrivés dans la petite chambrée anonyme, alors que la diabolique Fyros avait délacé d’une main experte les fixations de la Kostom, Konshu déglutit difficilement et trouva néanmoins la force d’adresser la parole à sa compagne éphémère.


« On peut fermer l’volet ? »


Elle s’exécuta docilement, faisant glisser la persienne en place avec un petit rire aimable.


« Timide ? »


Il n’y eut pour avertissement que le bruit des pièces d’armures heurtant le sol.


« Non, c’pas ça. »


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Il était tard dans la nuit, les rues étaient quasiment déserte si ce n’est pour les veilleurs de nuit et quelques ivrognes rentrant péniblement jusqu’à leur domicile ; l’escouade de gardes arriva au pas de gymnastique, dans le claquement des parties volantes et jupes de protection des lourdes Kostom contre le reste de leur cuirasse.

Le tenancier les attendait dans la ruelle avec une lanterne en main, son visage trahissait une inquiétude sincère, qui pour ce genre d’individus ne pouvait provenir que d’ennuis financiers ou légaux.


« Dépêchez vous, il est en train de la tuer ! »


Le hurlement plaintif retentit dans la ruelle, surprenant jusqu’aux gardes pourtant endurcis à soutenir les assauts nocturnes des Kipees sur les portes et avant-postes de la Dune. Ils grimpèrent dans le fracas de leurs armes l’escalier de bois, les occupants des autres chambres de la maison des plaisirs étaient tous sortis, pour voir de quoi il en retournait. Un autre hurlement encore plus intense retentit alors qu’ils se trouvaient devant la porte close ; le sergent prit une inspiration et enfonça la porte d’un lourd coup de botte.

La lumière inonda la chambre, et Konshu se retourna, ses yeux jaunes brillants comme ceux d’un Yubo pris sur la trajectoire d’un vaisseau Karavan en pleine nuit. Le sergent regarda la scène, interloqué, se demandant comment il était physiquement possible d’en arriver là, son cerveau refusait tout simplement d’assimiler les images que lui retournaient ses yeux ; d’une voix blanche il s’exclama.


« MA-DUK ! »


Konshu restait immobile, interdit devant la foule curieuse qui se pressait à présent dans l’encadrement de la porte ; une main jaillit du lit et empoigna la toison épaisse de sa poitrine, elle tira dessus si violemment qu’elle manqua de lui arracher une pleine poignée de poils ; la voix rauque de la prostituée, comme celle d’un fauve le rappela à ses devoirs.


« Ne t’arrête pas, surtout pas maintenant ! »


Konshu haussa les épaules et reprit ses activités nocturnes ; un oreiller jetée par une deuxième main rageuse atterrit en pleine figure du sergent.


« Fermez cette dragonnerie de porte ! »


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Le capitaine de la garde de Pyr n’aimait pas être dérangé lorsqu’il dînait en compagnie de notables et de sénateurs ; cependant, un sergent de rue était tombé sur un os trop gros à ronger, et avait finalement fait appel au dernier recours, faire descendre le capitaine de la salle des réceptions jusque dans les geôles du palais.

Les gardes de Pyr étaient l’élite militaire Fyros, défendant la cité impériale, le trône et l’empereur lui-même ; fallait-il que ce fut grave pour qu’un vétéran tel qu’un sergent ne puisse se dépatouiller lui-même d’un problème. Qui sait, peut-être s’agissait-il de conspirateurs pro-Karavan ou bien d’espions Matys ? Le capitaine arriva néanmoins furibond en bas de l’escalier, toisant le garde qui lui avait ouvert la lourde porte.


« Où est votre sergent ? »


Le garde fit un signe du pouce par dessus son épaule, deux de ses camarades essayaient de soulager un pauvre Fyros plié en deux et poussant des gémissements à fendre l’âme. Il est une vérité que tout homin se doit d’apprendre, et souvent de façon douloureuse : Le Yubo est un petit animal craintif et tout ce qu’il y a de plus mignon, mais si vous le dérangez lors de sa parade nuptiale, il vaudrait mieux pour vous que vous courriez très vite… Très, très vite. Dans le cas du sergent, nulle maîtrise des arts de la guerre n’aurait su le prémunir contre une main à la poigne solide enserrant ses parties génitales. Le premier garde termina de verser sa cruche d’eau froide sur l’entrejambe du sergent, puis aperçut le capitaine, il essaya de formuler les événement aussi clairement que possible, peine perdue.


« Il l’a soulevé par… Enfin… Et il l’a jeté à travers la persienne, jusque dans la rue. »


Le capitaine fit de grands yeux ronds, on l’avait dérangé pour…ça ? Le second garde, une femme, fit de son mieux pour appuyer le récit de son premier camarade, mimant des gestes de griffure.


« Et après, la catin nous a sauté dessus… Elle a assommé Arthesys avec un pot de chambre ! »


Le capitaine passa une main dépitée sur son visage blanc de fureur et de déception, mais qu’est-ce que ça signifiait ? Les gardes se disputaient à présent sur leur version des événements, l’officier dut pousser une gueulante Fyros à l’ancienne pour y mettre un terme.


« Par le grand incendiaire ! Quelqu’un peut-il me dire, ce que je fais là ? »


Le portier se décala sur le côté, levant un doigt prudent à l’attention du capitaine avant de prendre la parole.


« Ben… C’est que le suspect en question, est une recrue des libres frontaliers, mon capitaine. »


Dès qu’une légion impériale faisait relâche à Pyr, les rixes de tavernes et autres échauffourées coutumières des hommes d’armes éclataient partout dans la ville basse ; mais s’il est un corps militaire avec lequel il n’y avait jamais eu aucun problème, c’était bien celui des libres frontaliers. Le capitaine secoua la tête, comme si tout cela n’était qu’un mauvais rêve puis fit quelques pas vers la cellule dans laquelle on avait engeôlé l’énergumène. C’était le Fyros type, tâchant de couvrir sa vertu avec un drap, et il sauta sur ses pieds à la vue du capitaine.


« C’est vous qui vous amusez à perturber l’ordre publique, faire atteinte aux bonnes mœurs et porter la main sur les gardes de la cité ? »


D’un air paniqué, le Fyros regarda dans la geôle à la recherche de quelqu’un d’autre, mais il y était seul ; puis il ouvrit la bouche et une avalanche de propos insensés se déversa sur le pauvre officier à bout de patience.


« Même que non Capt’aine, d’abord on jouait au Yubo dans l’trou avec la dame et puis v’là t’y pas qu’les gardes z’enfoncent la porte et qui m’disent que j’sème la zizi…Zizanie. Alors le gars m’agrippe par l’bras mais moi j’voulais enfiler ma culotte ; et qu’on s’dispute pac’que j’avais déjà payé ; alors j’lui attrape le Yubo, y tombe à la renverse et zou qu’il casse le joli volet et passe dans la rue ! Tout l’reste, le pot plein d’pipi et les griffures, j’le jure sur mes ancêtres, c’était pas moi, non mon capt’aine. »


Ce gars-là avait l’air candide , regardant le capitaine dans son uniforme de parade comme s’il avait eu Dexton lui-même en face de lui… On faisait de très bon soldats avec les simples d’esprit ; et si les libres frontaliers lui avaient laissé sa chance, c’est qu’il compensait sûrement son manque apparent d’éducation par une abnégation à toute épreuve.


« Vous passerez la nuit en prison, ça vous fera réfléchir soldat! »


Le Fyros se mit au garde à vous et salua le capitaine, faisant tomber le drap qui le couvrait ; un moment de silence et de stupeur s’ensuivit ; les gardes valides rejoignirent les côtés du capitaine, lequel n’eut qu’un mot pour exprimer sa pensée.


« MA-DUK… »


La garde mit un coup de coude à son collègue avec lequel elle avait eu un différent, l’air satisfaite.


« Je t’ai bien dit que je n’avais pas trouvée de massue en fouillant la chambre ! »