Deux semaines avaient passé, les réfugiés s'étaient préparés à leur voyage final vers les nouvelles terres. Chiang le fort embrassait tout le campement du regard, depuis la tour de guet... A l'écart du groupe des Fyros qui devaient partir pour Pyr, un homin solitaire fourbissait des armes ; curieux, le Zoraï dirigea ses pas vers lui.

Il reconut un des trois gardes survivants du convoi en provenance des sanctuaires de Noir Métal et Eau Tranquille, à sa façon, comme la feuille portée par le vent ; Chiang s'appuya sur sa hache, comme s'il avait toujours été là, à côté du Fyros.


« Ne te prépares-tu pas à partir avec les tiens ? »


Konshu s'arracha au briquage intensif de la grande lame ensorcelée et essuya du revers de la main la sueur qui lui coulait dans les yeux.


« Je pars pas, y a encore des homins là-dessous... Faut qu'on les aide à remonter. »


Le Zoraï inclina doucement la tête sur le côté pour signifier sa curiosité.


« C'est très courageux à toi, mais je ne pense pas que ce soit une sage décision ; ni pour toi, ni pour les autres. Les Kamis ont voulu que tu remontes à la lumière, il y a une raison pour cela... Penses-tu en savoir plus que les Kamis sur la façon dont roulent les pierres au fond des torrents ? »


La mine renfrognée du Fyros laissait à craindre qu'il ne soit une autre de ces têtes de Yelks avec lesquelles il fallait composer de gré ou de force ; mais il finit pas baisser le regard.


« En bas j'étais apprenti forgeron, ici ou à Pyr, je suis rien du tout ; survivre aux Kitins, c'est c'que j'sais faire. »


Chiang comprit que celui-là aurait de mal à se faire à la vie à la surface de l'écorce, son esprit serait toujours quelque part en bas, dans le noir où l'emmèneraient ses cauchemars nocturnes ; le mieux était de lui donner un but, et le tenir loin des racines assez longtemps pour que le soleil pénètre son âme, et que la graine germe.


« Tu veux protéger les homins de la menace Kittin Konshu, fils de Kaleb et de Réa ? Et bien soit, tu vas aller voir des gens que je connais en la cité impériale de Pyr, ils pourront avoir l'usage d'un bras et d'un coeur solides comme les tiens. »


Et alors, Konshu entendit pour la toute première fois parler des libres frontaliers... Et comme le Zoraï l'espérait, quelque part en lui, la graine, se mit à germer.

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